L’entreprise est fondée en 1945 par Felix et Lily Monk, des immigrants tchèques arrivés au Canada en 1939 pour échapper aux troubles qui touchent l’Europe et entrer dans la ganterie dirigée par l’oncle de Lily à Prescott, en Ontario. La famille de Lily œuvre dans ce domaine depuis les années précédant la Première Guerre mondiale – elle dirige en effet des ganteries dans ce qu’on appelle alors l’Empire austro-hongrois, devenu la Tchécoslovaquie après la guerre. D’autres membres de la famille avaient aussi ouvert une ganterie en France, à Grenoble, la ville qui accueille les meilleurs fabricants de gants en Europe. D’ailleurs, en 1935, Lily est partie de Pilsen, en Tchécoslovaquie, pour se rendre à Grenoble et commencer à travailler dans le domaine de la ganterie lorsqu’elle rencontre son futur mari, Felix, qui vit à Paris, la capitale mondiale de la haute-couture, et rédige des textes sur la mode pour des clients de l’Europe de l’Est.

Lily et Felix se marient et ont deux enfants, Peter et Evie. Durant la guerre, la ganterie de Prescott, dont Felix possède la moitié des parts, confectionne et fournit des gants à la très prospère armée canadienne.

À la fin de la guerre, Felix et Lily décident qu’il est temps pour eux d’aller tenter leur chance à Montréal, au Québec. Ils ouvrent leur première ganterie sur l’avenue de Hôtel-de-Ville – un quartier louche de Montréal à cette époque. Tous deux y travaillent avec trois autres employés : un commis comptable, un coupeur et une couturière. Ils donnent à l’entreprise le nom de Paris Glove et font de la tour Eiffel le symbole de leur marque de commerce… après tout, Paris est la capitale mondiale de la couture!

Au départ, Felix et Lily ne possèdent que deux machines à coudre. À l’époque, les gants doivent être entièrement cousus main et Felix cherche à bâtir son affaire en fonction des matières disponibles.

Les temps sont durs au début puisque Felix ne possède pas de presse de découpage pour découper les formes des gants. Armé d’emporte-pièces (la part des actifs de l’entreprise de Prescott que Felix et Lily ont reçue lorsqu’ils ont décidé de partir), il convainc un gantier de lui permettre d’utiliser son équipement la nuit afin de couper le délicat tissu des gants pour femmes. Il a aussi besoin de couturières. Tous les dimanches, Felix et son technicien se rendent dans les campagnes pour demander aux curés des paroisses d’annoncer qu’il lui faut des couturières pour coudre des gants à la main. Comme une couturière ne coud que deux paires de gants par jour, il lui faut en recruter des centaines pour répondre à la demande. Une fois le système en place, Felix et Lily réussissent à produire plus de 1200 paires de gants par semaine.

L’entreprise se développe et déménage dans une usine de 5000 pieds carrés au coin de la rue Hutchison et de l’avenue du Parc; on confectionne alors des gants en cuir et on ajoute une gamme de gants pour hommes; on embauche des représentants qui se rendent de ville en ville pour présenter les différents modèles. Avec l’expérience de Lily en matière de design et les qualités de Felix pour diriger la production, les affaires prospèrent.

Au Québec durant la période d’après-guerre, Paris Glove n’est pas la seule entreprise à confectionner des gants – il y a même plus de 40 ganteries à un certain moment. Mais malgré la compétition, Paris Glove est fière de constater que ses gants sont en demande en raison de leur style et de la qualité de leur confection.

En 1961, l’entreprise déménage dans un immeuble de 10 000 pieds carrés sur l’avenue du Parc; à cette usine s’ajoute une autre à Saint-Tite; en plus de confectionner des gants, Paris Glove commence à en importer d’Italie et de l’Europe de l’Est (Tchécoslovaquie et Roumanie). Par ailleurs, Peter Monk (fils de Lily et Felix) se joint à l’entreprise, armé d’un MBA de l’Université Columbia.

Après l’Expo 67, Peter convainc la famille de se lancer dans le domaine du gant de ski et de s’approvisionner au Japon (qui offre alors des produits de qualité à faible coût). L’entreprise continue de prospérer grâce à la confection qui se fait au Canada, aux produits importés d’Europe ainsi qu’aux gants de ski, provenant du Japon.

En 1973, Peter devient président. Sous sa gouverne, l’entreprise poursuit son expansion avec l’achat de Gants Laurentide de la famille Boulet (qui confectionne aussi des bottes), permettant ainsi d’entrer dans le marché du gant industriel. Dans les années 1980, l’entreprise Gants Auclair est achetée de la famille Auclair, établie dans la ville de Québec; c’est ainsi que Paris Glove devient un grand nom dans le domaine de la ganterie.

En 2011, il est convenu qu’il est temps de vendre l’entreprise à une organisation capable de mener Paris Glove plus loin, de façon que les marques qui en font partie puissent rayonner à l’échelle internationale. En novembre (2011), Paris Glove of Canada est vendue au New Wave Group de Suède, une organisation multinationale. 

Paris Glove est unique au Canada en raison de son long historique dans le domaine de la ganterie; en effet, elle est l’une des rares ganteries établies depuis longtemps à continuer de prospérer en Amérique du Nord.